« GRILLOT DE GIVRY », Témoin de l’Esotérisme Chrétien

Aucun livre, si ce n’est celui de Grillot de Givry réédité aujourd’hui, ne rappelle autant l’adage latin : « habent sua fata libelli » (les livres ont leur destin). Remarquons qu’il ne s’agit là que d’un simple constat. Comment expliquer, en ce qui nous concerne, qu’un ouvrage aussi important que « Lourdes » (paru en 1902) ait attendu plus d’un demi siècle pour n’être réédité par son éditeur initial seulement en 1959 ? Il se trouve que les deux dates encadrent remarquablement la période de la publication des œuvres de René Guénon, que « Lourdes » annonçait d’une certaine façon. L’explication de cette insigne mauvaise fortune de Grillot de Givry tient vraisemblablement au caractère prématuré ou, mieux encore, intemporel de ces considérations.

Le rapprochement des deux noms de Grillot de Givry et de René Guénon n’est ni insignifiant ni fortuit. Dès 1930, suite à la réorganisation du « Voile d’Isis », René Guénon, devenu entre autre l’inspirateur de cette revue, y fait reparaître[1] une étude ancienne de Grillot de Givry : « Les foyers de mysticisme populaire », initialement publiée dix années plus tôt dans la même revue (février 1920). Le texte y est, cette fois, précédé d’un avant-propos de Marcel Clavelle (connu sous le pseudonyme de « Jean Reyor »), avant-propos probablement conseillé par René Guénon lui-même. Dans le numéro de juin 1930[2], en publiant une étude : « A propos des pèlerinages » René Guénon rend d’entrée un hommage « au remarquable article de Grillot de Givry » qu’il venait de republier.

Les Editions Chacornac rééditent « Lourdes » en 1959. La revue des « Etudes traditionnelles » (qui avait pris la suite du « Voile d’Isis) publie, dans son numéro 352[3], un compte rendu substantiel dû à Jean Reyor. Celui-ci pose plusieurs questions importantes : la signification de l’ouvrage (sans doute oublié depuis 1902), la « biographie spirituelle » de l’auteur et la disproportion entre les deux périodes de ses travaux. En effet, durant quelques années d’une étonnante fertilité (à la sortie de l’adolescence), il accomplit une œuvre considérable, à la fois personnelle et en tant que traducteur du latin des anciens hermétistes… suivies de deux décennies d’apparente stérilité. Curieusement, Jean.Reyor évoque l’hypothèse d’une possible rupture avec le Centre initiatique, qui avait initialement alimenté et soutenu son inspiration d’hermétiste.

Autre remarque significative : le peu d’intérêt manifesté pour les traditions orientales, ce qui n’avait pas dissuadé René Guénon de souhaiter la collaboration active de Grillot de Givry au « Voile d’Isis »[4]. Collaboration rendue, hélas, impossible du fait de son décès prématuré en 1929, à l’âge de 55 ans. René Guénon suggère que ce décès aurait vraisemblablement infléchi l’orientation future de la revue[5], bien plus marquée dorénavant par les traditions orientales que par celles de l’Occident. La Providence en avait décidé ainsi !

Voici donc la réédition d’une œuvre, qui ne se manifeste qu’une fois chaque demi-siècle environ, mais qui, tout de même, suscite l’enthousiasme du nombre modeste de lecteurs à l’attention desquels elle avait été écrite. Après ma réaction de scepticisme, je me demande aujourd’hui ce qu’il faut admirer le plus : le courage de l’éditeur ou la qualité intrinsèque et irremplaçable de cette œuvre importante ?

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Nous sommes assez bien renseignés sur le personnage de Grillot de Givry, grâce à deux notices de Jean Reyor : la première, publiée quelques semaines après son décès sous la forme d’un hommage[6] et, la seconde, en 1959[7]. Elles nous présentent un homme en tous points exceptionnel. Musicien accompli, tant dans la composition que dans l’exécution, il s’était aussi révélé précocement érudit dans le domaine de l’ésotérisme : remarquable latiniste et étonnant détenteur d’une profonde tradition hermétiste, deux qualifications dont la réunion est assez rare chez un même individu. Ces qualités lui avaient permis de réaliser les traductions de difficiles traités des hermétistes du Moyen-Âge et de la Renaissance, de Saint-Thomas d’Aquin à Postel, John Dee et surtout les œuvres de Paracelse... Jean Reyor met l’accent sur le caractère ardu de ce genre de travaux, qui exigent une égale connaissance de ce latin fort particulier et, pour comble, des arcanes de l’Hermétisme.

Durant la décennie du XIXème siècle, Grillot de Givry s’est trouvé en relation intime avec les plus érudits et les plus sérieux des occultistes de l’époque. Certains appartenaient au rite de Memphis-Misraïm, qu’ils entendaient ressourcer par l’étude des textes anciens de l’ésotérisme occidental. L’un d’entre eux, René Philipon (Tabris)[8], disposait d’une fortune personnelle lui permettant de financer la publication de la célèbre « Bibliothèque Rosicrucienne », publication passablement confidentielle. De plus, les textes publiés ainsi n’avaient jamais été traduits dans les langues modernes : c’est au tout jeune traducteur de Grillot de Givry qu’on les devait.

Parmi les titres, on remarque un traité de cabbale chrétienne, provenant de l’immense « Kabbala denudata »[9] de Knorr de Rosenroth. Rappelons qu’une future équipe des « Etudes Traditionnelles », vraisemblablement sous l’impulsion de Jean Reyor, publiera une longue série d’autres extraits traduits de Knorr de Rosenroth de 1950 à 1960[10].

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Il faut maintenant rappeler le rôle de quelques libraires-éditeurs spécialisés, entre les dernières années du XIXème siècle et la guerre de 1914, dans le genre assez nouveau de la littérature occultiste. Citons les éditeurs Chamuel et Chacornac, nous devrions plutôt dire : la dynastie des Chacornac. Rappelons aussi la présence de la célèbre Librairie du Merveilleux de Pierre Dujols.

C’est en 1890, que la librairie Chacornac inaugure la publication de la revue « Voile d’Isis », devenue au début des années 1930 « Etudes Traditionnelles ». Durant presque un siècle, elle jouera un rôle providentiel dans la connaissance de la pensée traditionnelle. Elle subira, toutefois, de longues mutations, puisqu’elle se présentait initialement comme la « Revue mensuelle de Haute Science », ayant pour but « l’étude de la Tradition et des divers mouvements du spiritualisme ancien et moderne » (à l’adresse des frères Chacornac, animant une « librairie générale des sciences occultes » !). Le « Voile d’Isis » ne verra sa publication interrompue que pendant la « grande guerre », après laquelle elle reparaîtra. Il n’y aura pas de changement notable, jusqu’à la visite timide d’un certain Monsieur René Guénon à la boutique du quai Saint-Michel, un jour de janvier 1922 : souvenir évoqué par Paul Chacornac dans un numéro spécial d’hommages des « Etudes Traditionnelles »[11].

C’était manifestement avec réserve, que René Guénon avait commencé à apporter sa collaboration au « Voile d’Isis » et donné quelques études, jusqu’aux années 1928- 1929. C’est donc au lendemain du décès de Grillot de Givry, que René Guénon prend la direction effective et renouvelle l’esprit du « Voile d’Isis », bientôt transformé en « Etudes Traditionnelles ». De l’ancienne équipe des occultistes du « Voile d’Isis », seuls deux collaborateurs avaient assez de qualités et de rectitude pour en émerger : nous pensons à Tamos (Georges-Auguste Thomas) et Grillot de Givry, détenteurs d’un dépôt initiatique réel.

Il est remarquable que René Guénon, dans ses premiers comptes-rendus d’ouvrages antérieurs à 1930, n’avait distingué que ceux de Grillot de Givry et O.V. de L. Milosz. De ce dernier, il avait surtout remarqué la publication, en 1928, de son poème « Les Arcanes », suivi de longs et riches commentaires. Dans le « Voile d’Isis », entre octobre 1928 et octobre 1930, le Dr Delobel, René Guénon lui-même et finalement Jean Reyor s’y réfèrent. En juin 1930, dans son étude « A propos des Pèlerinages », René Guénon cite un long fragment de O.V. de L. Milosz sur la notion des « Nobles Voyageurs » : c’est la plus longue citation empruntée par René Guénon à un auteur contemporain. Ajoutons, que nous avons le témoignage de la relation personnelle entre les deux auteurs, à cette époque de leur vie[12]. Quant à Grillot de Givry, si son décès met fin à sa collaboration, son souvenir et sa présence se perpétueront au sein de la Maison Chacornac et des « Etudes Traditionnelles ».

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Après ce bref contexte de « fin de siècle » de l’occultisme, nous pouvons mieux comprendre l’importance de la première publication de « Lourdes » en 1902, au creux de cette période assez terne.

Plusieurs remarques s’imposent à la lecture de ce texte. Premièrement, à l’encontre de l’ensemble des publications catholiques relatives à l’histoire de Lourdes et des apparitions mariales, l’étude de Grillot de Givry ne se situe pas sur le plan religieux : d’emblée, elle le transcende et se place sur celui du « Sacré » et de l’ésotérisme. Le domaine simplement chrétien est toujours replacé dans une perspective de « l’unité transcendante des Traditions ». Mais, notons-le bien, sans que le contenu théologique chrétien ne soit jamais ni contredit ni nié. Deuxièmement, l’éclairage de ce texte de 1902 résulte manifestement de la reconnaissance implicite d’un « ésotérisme chrétien », dont Louis Charbonneau-Lassay sera le premier à en faire état dans ses études de la revue « Regnabit », environ vingt cinq ans plus tard.

Ainsi, cette publication de « Lourdes » en 1902 ouvrait la série des manifestations d’un « ésotérisme chrétien » depuis longtemps mis en hibernation, semble-t-il, et comme oublié sous une gangue d’apologétique catholique. On comprend mieux l’occasion et la signification de la deuxième publication de « Lourdes » en 1959, dont nous rappelons les faits. Après la disparition de René Guénon, en 1951, la revue des « Etudes Traditionnelles » avait été manifestement dirigée par une équipe de collaborateurs appartenant majoritairement à des courants de l’ « ésotérisme chrétien »… jusqu’en fin 1959, début 1960, où une nouvelle équipe dirigée par Michel Valsan prendra le relais et maintiendra la revue dans le domaine de l’ésotérisme islamique. Orientation, certes légitime, mais exercée de manière plutôt exclusive.

Remarquons que, dès le début de l’année 1951, les « Etudes Traditionnelles » publient, sur trois fascicules consécutifs, le texte du « Traité des sept causes secondes » de l’Abbé Trithème : un des très rares textes chrétiens du début du XVIème siècle traitant d’eschatologie et de cyclologie. A l’évidence, cette publication avait été décidée avec l’aval de René Guénon dès 1950. Elle reprend celle qui en avait été donnée dans la célèbre « Bibliothèque Rosicrucienne » de René Philipon[13], enrichie d’une vie de l’Abbé Trithème, d’une préface et de notes, le tout non signé mais dû manifestement à Grillot de Givry. On sait que Paul Chacornac a publié lui aussi un ouvrage sur l’Abbé Trithème.

Les rééditions de « Lourdes » en 1959, précédée du « Traité des Sept Causes Secondes » en 1951 et suivie de celle du « Grand Œuvre » en 1960, peuvent raisonnablement être considérées comme une manifestation délibérée du courant ésotérique chrétien, qui avait pris la direction des « Etudes Traditionnelles » après le décès de René Guénon. Durant presque dix années, la revue avait publié un ensemble important de textes appartenant au domaine de la cabbale chrétienne. Citons : la réédition des textes de Mgr Devoucoux, les traductions de nombreux fragments des « Loci communes qabbalistici » de la « Kabbala denudata » de Knorr de Rosenroth, annonçant les travaux de l’Abbé Nicolas Boon, dont l’édition posthume du volume « Au cœur de l’Ecriture – Méditations d’un prêtre catholique »[14] constitue la dernière manifestation publique d’un véritable cabaliste chrétien.

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Il est temps de présenter le texte réédité de « Lourdes ».

Commençons par rappeler que l’ouvrage, dans l’esprit de son auteur, devait constituer le premier volet d’une longue série centrée sur l’étude d’une « géographie sacrée ». Les volumes suivants devaient traiter de sept autres « villes initiatiques » : Paray-le-Monial[15], Saint-Jacques de Compostelle, Sienne, Jérusalem, La Mecque, Bénarès et Lhassa. Ce projet ambitieux avait été confié à Jean Reyor, qui nous l’a rapporté dans son important compte-rendu sur « Lourdes » de 1959[16]. De plus, Grillot de Givry lui-même en avait exposé les linéaments dans son article[17] publié sous le titre « Les foyers de mysticisme populaire ». La nouvelle équipe de la revue, sous la direction de René Guénon, prend l’initiative de le rééditer dans le numéro de mars 1930[18], enrichi cette fois d’une longue introduction de Jean Reyor[19], qui expose les points de convergence d’une « géographie sacrée » avec certains évènements d’une histoire cryptique. Il est évident qu’une réédition de « Lourdes » devait être complétée par ce texte d’introduction au projet initial. C’est à ce titre, qu’il est repris ici. Curieusement, Grillot de Givry n’utilise jamais l’expression de « géographie sacrée », que nous attendrions aujourd’hui dans ce genre d’études. On constate, à ce propos, à quel point nous sommes redevables du vocabulaire rigoureux, que nous avons reçu de la lecture de René Guénon.

On doit remarquer enfin, que la principale qualité de son étude sur « Lourdes » tient au fait qu’il replace et considère le contexte religieux des « apparitions mariales » dans une dimension métaphysique. On ne peut pas ne pas évoquer ici la « Shakti » de la tradition hindoue, l’aspect féminin issu du Principe divin transcendant, la « part féminine de Dieu »… non plus que la notion qabbalistique de la « Shekhinah », « Demeure » et « Présence » du transcendant dans l’immanent.

Une dernière remarque, parmi bien d’autres qui se présentent à l’esprit d’un lecteur moderne de « Lourdes » : la constatation d’une « crise du monde moderne », sensible en Occident depuis la fin de notre moyen âge, exactement vingt cinq années avant la publication de l’ouvrage de René Guénon sur ce thème (1902-1927). Un seul « bémol » in fine : reconnaissons que le style, dans lequel l’œuvre a été composée, « date » curieusement avec son parfum d’ « écriture artiste » inaugurée par Huysmans. Il est probable que Grillot de Givry aurait donné une facture tout autre à une réédition de son texte initial, durant les dernières années de son existence.

Un témoignage tardif de son propre fils[20] nous éclaire sur l’évolution du style (de vie et d’écriture) de son père. De manière amusante, il donne une idée de la transformation profonde de la personnalité de son père après 1920. On lit : « Il changea alors son propre aspect et abandonna les modes anciennes de façon radicale ; il supprima non seulement le port de la barbe, à l’instar de la foule d’alors, mais aussi les vêtements de style artiste ou esthète… ».

Francis Laget



[1] Mars 1930 : pp. 182-199.

[2] Pp. 413-421.

[3] Mars-avril : pp. 93-99.

[4] Voir le compte rendu de Jean Reyor en annexe.

[5] « Voile d’Isis » et « Etudes Traditionnelles ».

[6] « Voile d’Isis » de mars 1929 : N° 111, pp. 166-168.

[7] Op. cit.

[8] J.P. Laurant « René Philipon… », in « Les Marges du Christianisme » sous la direction de J.P. Chantin, pp. 196, 197, éditions Beauchesne 2001.

[9] Dans l’édition de Sulzbach, 1677, le mot « Kabbala » est écrit avec un K initial. On écrit aussi maintenant le plus souvent « Cabbale » avec un C. En réalité, la transcription la plus fidèle d’après la langue hébraïque commanderait « Qabbala » avec un Q (lettre hébraïque « Qoph »).

[10] « Le symbolisme des lettres hébraïques » et « Le symbolisme des Noms divins hébraïques ».

[11] Numéro spécial consacré à René Guénon, juillet / novembre 1951 : N° 293, 294 et 295, pp. 193-354.

[12] « Milosz entre ésotérisme et poésie » : cahier N° 31 / 32 de l’Association des amis de Milosz, 1993.

[13] Première série, N° 1.

[14] Editions Dervy, 1987.

[15] On relève dans le « Voile d’Isis » de septembre 1911, p. 213, un compte-rendu signé des seules initiales « E.B. » ( probablement Ernest Bosc) du volume de Grillot de Givry : « Le Christ et la Patrie », la note suivante : « … Il se propose de donner dans « Paray-le-Monial » la synthèse complète de ce que fut la personnalité de Jésus et, dans l’« Introduction à l’étude de la Kabbale », la révélation intégrale du mystère du Verbe apocalyptique… » (sic) S’agit-il d’une confidence de Grillot de Givry à Ernest Bosc ? Nous l’ignorons.

[16] E.T. : mars / avril 1959, N° 352, p. 95.

[17] « Voile d’Isis » d’avril 1920, pp. 273-286.

[18] Pp. 182-199.

[19] Pp. 182-186.

[20] Texte donné à la revue « La Tour Saint-Jacques », de janvier/avril 1958.

ESOTERIME ET CHRISTIANISME autour de RENE GUENON & Esotérisme, Occultisme, Franc-Maçonnerie et Christianisme aux XIXe et XXe siècles - (Explorations B



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Louis Charbonneau-Lassay - Le Bestiaire du Christ : La mystérieuse emblématique de Jésus-Christ

Fruit du monumental travail de l'archéologue et historien Louis Charbonneau-Lassay, Le Bestiaire du Christ fut publié pour la première fois en 1941.
Deux ans plus tard, la quasi-totalité de cette édition périssait dans le bombardement de la ville de Bruges, ainsi que tous les bois qui avaient servi à orner de 1 127 gravures ce traité sur la symbolique zoologique liée au Christ.
Voici aujourd'hui ce trésor ressuscité. Le Bestiaire du Christ ne constituait, aux yeux de l'auteur, que le premier volet d'une investigation sans précédent, à laquelle il consacra toute sa vie de chercheur, et qui aurait dû se poursuivre par un Vulnéraire du Christ, un Floraire et un Lapidaire.
Pour mener à bien cette entreprise, il mentionnait, parmi les sources consultées, les mythes des religions pré-chrétiennes, les livres sacrés des deux Testaments, les doctrines des anciens gnostiques, les études médiévales, les premiers mémoires d'explorateurs, le folklore, ainsi que les informations fournies par une communauté initiatique médiévale toujours vivante dans les années 1930.
Héritiers de ces multiples savoirs dont Charbonneau-Lassay s'attachait à retracer la genèse, les artistes du Moyen Age ont réussi à exprimer, à travers leurs symboles, les enseignements les plus subtils de la théologie et les élans de la mystique universelle.
Synthèse de ce langage millénaire éclairé par les disciplines les plus variées, le Bestiaire apparaît aujourd'hui comme un document exceptionnel enfin accessible.

Etudes de symbolique chrétienne : Iconographie et Symbolique du Coeur de Jésus - Louis Charbonneau-Lassay.



La première partie de ce volume est constituée des articles publiés dans
la revue
Le Rayonnement intellectuel.
Ce recueil contient entre autres textes, l'intégralité de l'importante étude sur le Signaculum Domini, une autre sur le Graal, ainsi que les premiers articles qui constitueront l'ébauche du Floraire du Christ dont le manuscrit disparut à sa mort.
Signalons aussi le chapitre sur les débuts de l'iconographie du Christ.

La deuxième partie est constituée de la suite des articles publiés dans
la revue
Regnabit, de 1922 à 1926.
Nous les avons restitués dans leur intégralité, en écartant toutefois les textes qui devaient constituer la matière du
Bestiaire du Christ.

Cependant, il nous a semblé utile de joindre à la présente suite sur la symbolique et l'iconographie du Sacré-Cœur de Jésus, quelques articles particuliers comme celui sur le tétramorphe, bien plus développé ici que dans la version donnée par l'auteur dans le Bestiaire.

Nous avons voulu, avec ce recueil, offrir un document, un instrument pratique
d'étude et de méditation, indispensable à
ceux qui ont été fascinés par l'extraordinaire richesse du
Bestiaire du Christ.

(NDLE)


Études d'histoire de l'ésotérisme


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L'ésotérisme occidental moderne constitue en soi un mode d'approche ou un « regard » sur les phénomènes spirituels qui, pour posséder sa spécificité propre, ne s'en trouve pas moins en interaction constante avec les autres champs du savoir. Pour cette raison, son étude historique requiert une perspective pluridisciplinaire, mieux à même de rendre compte de la complexité de tels rapports, ainsi que de leur portée épistémologique. Répondant aux principaux axes de recherche de l'un des pionniers de l'historicisation critique des courants ésotériques, Jean-Pierre Laurant, les contributions ici rassemblées traitent de l'histoire et de la sociologie de l'ésotérisme, des relations que celui-ci entretient avec le christianisme occidental, la franc-maçonnerie et l'occultisme, ou même la politique, enfin de certaines de ses manifestations dans l'art et la littérature. Ainsi, ces « Études d'histoire de l'ésotérisme » tentent-elles d'illustrer la diversité des courants de pensée concernés, en sorte d'en éclairer, autant que faire se peut, la nature et l'unité intrinsèques, comme d'en montrer l'importance et la fécondité au sein de la culture occidentale moderne et contemporaine.


Le Hieron du Val d'Or - 2007

Le Hieron du Val d'Or - 2007

La réception de Louis Charbonneau-Lassay dans les milieux français


Parmi les voies choisies de la renaissance chrétienne post-révolutionnaire et Romantique, le symbolisme occupe une place de choix. Les positions tenues par ce mode de pensée prêteraient, en effet, moins à la critique que celles de l’Ecole légendaire ou du traditionalisme catholique proprement dit. Cependant, la condamnation, même indirecte, de ce dernier qui faisait appel, dans une large mesure, à la pensée symbolique et la victoire du thomisme , tendirent à marginaliser les symbolisants dans l’Eglise. Le droit de cité scientifique, de son côté, devait poser les mêmes problèmes. Après le succès extraordinaire de Symbolik und MythologieAntisymbolik (1810-1812) de Creuzer, la thèse de l’unité première du symbolisme fut battue en brêche par Johann Heinrich Voss dans l’, dès 1824, précédant d’un an la traduction en français par Guignaut de la Symbolik. Mais, nombreux furent ceux qui demeurèrent convaincus, notamment en France, de la légitimité de ce mode de pensée qui paraissait diamétralement opposé à la modernité que l’Eglise rejetait. A l’intérieur même du domaine symbolique, le champ de l’iconographie ou de l’architecture paraissait semé de moins d’embûches que l’exégèse des textes pour l’interprétation des clercs; la critique historique, qui avait pris au milieu du XIXe siècle un nouvel envol, frappait "droit aux Ecritures". Déjà la Réforme s’était affirmé comme "textocentrique" avant tout. Avec l’iconographie on touchait plus particulièrement aux croyances et pratiques populaires, et la Révolution française venait de redonner toute son importance à l’enjeu de l’opinion du peuple, tout en jetant un doute, par ses résultats, sur l’interprétation qu’en avait faite les "intellectuels" des Lumières. Dans ce domaine, l’Eglise pouvait plus aisément tenir son rôle de garant du sens et de transmetteur de l’influence spirituelle qui y était attachée. Voilà pourquoi les "chanoines savants des cathédrales" purent se constituer en gardiens des trésors cachés et en interprètes d’un savoir qui échappait au monde moderne. 1. Une entreprise jamais complètement abandonnée La diocèse d’Autun, près de Lyon, semble avoir joué un rôle essentiel dans la tentative de mise en place d’une grande école d’interprétation symbolique dont Louis Charbonneau-Lassay (1871-1946) fut l’héritier, dans le domaine iconographique tout au moins. Jean-Baptiste Pitra (1812-1889) y étudia au séminaire sous le regard d’un autre symbolisant, Jean-Sébastien Devoucoux (1804-1870), vicaire général de Mgr. Du Trousset d’Héricourt (1797-1851) avant d’être nommé évêque d’Evreux. Il consacra sa vie érudite, comme moine bénédictin de Solesmes en France, puis comme cardinal de Curie à Rome, à prouver l’authenticité de La Clef de Méliton de Sardes , légitimant par la permanence du sens symbolique le magistère intellectuel de l’Eglise. "Il me semble que ce travail accompli, je serai en droit de conclure que le symbolisme est une science...; une science traditionnelle, puisqu’il y a une série de monuments et d’enseignements... et qu’il n’y a surtout là aucune place pour des imaginations privées...", écrivait-il à dom Guéranger, en 1853 . Malgré sa compétence incontestable en matière de textes grecs, Pitra échoua, échec qui se dessina lentement face à la critique historique. Le savant Père jésuite Charles Cahier (1807-1882), auteur d’une Monographie sur les vitraux de Bourges et de Mélanges archéologique avait d’abord abondé dans ce sens, affirmant que l’archéologie était à prendre cum grano salis: "A nous autres gens du XIXe siècle qui n’avons aucun guide bien certain pour l’explication de tout cela, il semble impossible pourtant de mettre en doute qu’une sorte de symbolisme général en fût la loi commune". Mais il changea bientôt d’avis, précédé ou suivi par le plus grand nombre des savants du monde catholique. Dans ses années de jeunesse, le futur cardinal avait arpenté la campagne autour d’Autun, vers le mont Beuvray, Paray-Le-Monial, à la recherche des signes du savoir antique accumulé par l’histoire; le baron de Sarachaga (1840-1918) devait tenter de constituer sur les mêmes lieux, quelques décennies plus tard, une géographie sacrée comme une véritable hiérophanie symbolique. Avec Devoucoux, la question des sociétés secrètes de bâtisseurs, du compagnonnage, s’ajouta à celle du symbole proprement dit et des apports non-chrétiens (kabbale par exemple). La publication en 1846 de l’Histoire de l’antique cité d’Autun, d’Edmé Thomas, accompagnée de notes abondantes de la plume de Devoucoux, conçues sans aucun souci de méthode scientifique, fit se désolidariser d’un auteur aussi compromettant ses anciens amis d’Autun. Cependant Pitra, en réponse aux critiques d’un de ses bons amis et informateur en matière archéologique, Philippe Guignard, bibliothécaire à Dijon, notait: "Ceci m’a ramené en pensée à ce pauvre M. Devoucoux… Pourtant il y a en tout cela des divinations, mais je suis tout à fait de votre avis d’abonder, surtout en ces matières, plutôt en sévérité qu’en témérité". Devoucoux devait écrire encore en 1862 à ce propos à Pitra, fixé désormais à Rome, évoquant "les progrès de ses études... Depuis lors, la contemplation n’a cessé de me conduire à travers le labyrinthe des antiques symboles et je touche du doigt ce que je ne faisais alors que soupçonner". Dans les dernières années de sa vie, le cardinal encouragea les recherches de Fernand de Mély (1852-1935) spécialiste en lapidaire, et qui possédait des collections de pierres, ivoires, miniatures et d’orfèvrerie, réputées. Mély, dont les travaux firent autorité, publia dans le bulletin de la Société des Antiquaires de France, la Revue de l’art chrétien et diverses revues d’art ; entreprise qui offre des points communs avec celle de Charbonneau-Lassay. Il convient de souligner un dernier centre d’intérêt commun entre l’auteur du Bestiaire du Christ et les fondateurs du Hiéron, ce sont les Ordres de chevalerie, objet de son étude fort connue sur les graffite du donjon de Chinon attribués aux Templiers. La reconstitution de l’histoire à laquelle Sarachaga et son ami Etienne d’Alcantara se sont livrés attribuait un rôle décisif par le passé aux Ordres militaires et en faisaient l’instrument de la restauration de la royauté sociale de Jésus-Christ. Parmi les assistants aux sessions du Hiéron mentionnés par ses revues porte-paroles successives, on retrouve nombre d’ecclésiastiques symbolistes cités dans les travaux de notre auteur. 2. Parentés visibles et liens discrets La fondation de Regnabit, revue universelle du Sacré-Coeur, en 1920, par le Père Félix Anizan O.M.I. (1878-1944), correspond à la "réorientation", peu après la disparition de Sarachaga à Marseille en 1918, des revues du Hiéron par Georges de Noaillat et sa famille. Les nouveaux responsables se limitant à la seule dévotion au Sacre-Coeur avaient libéré le champ intellectuel et spéculatif. L’archéologue de Loudun, déjà connu pour la qualité de ses recherches prit donc naturellement "le train en marche" sur la recommandation du cardinal Dubois, archevêque de Paris. Toutefois, l’appréciation de ses travaux demeura subordonnée à la fonction que l’on entendait attribuer au symbolisme. Pour René Guénon, dans la perspective de la reconstitution d’une science sacrée à travers des "Symboles fondamentaux", ses travaux constituaient la meilleure source d’information dans le domaine de la symbolique chrétienne, aussi les références sont-elles parmi les plus nombreuses. L’appareil critique réuni par Michel Vâlsan, en 1962, pour le volume posthume rassemblant ses articles sur le symbolisme fait une large place à Regnabit, avec les définitions de base en particulier, et la question du Sacré-Coeur comme figure du centre du monde. Nous sommes là au point le plus sensible de l’entreprise du Loudunais, en liaison avec une tradition fort ancienne d’hermétisme et de maçonnerie chrétienne. Cette question semble avoir beaucoup intéressé M. Vâlsan entre la fin de la guerre et la mort de Guénon. Lorsque les divergences de lecture de Regnabit, revue de piété, ou recherche intellectuelle, eût provoqué la rupture, un comité exécutif du Rayonnement Intellectuel du Sacré-Coeur fut créé, en 1927, sous la direction effective du Père Félix Anizan et comprenant des artistes comme Maurice Chabas ou Guéniot, Guénon, professeur de philosophie, Charbonneau-Lassay, graveur sur bois et héraldiste, et surtout Jean Guiraud, rédacteur en chef de La Croix, qui avait publié sous le nom de Benjamin Fabre un ouvrage sur la franc-maçonnerie du Rit primitif de Narbonne: Franciscus eques a capite galeato . Ultérieurement, Guénon ne voulut reconnaître que la seule compétence de Charbonneau, comme en témoignent des éléments de correspondance avec Guido De Giorgio : "Il n’y a rien d’intéressant dans Regnabit en dehors de mes articles et de ceux de..." (4 mars 1929). En septembre 1929, puis en janvier 1930, il avait transmis à Loudun des demandes de renseignements et, en sens inverse, envoyé une note sur la panthère que l’on retrouve dans Le Bestiaire Du Christ. A l’occasion d’un compte rendu d’article de Paul Le Cour, paru en 1948 dans Atlantis (11), il écrivait encore: "En ce qui concerne les symboles du coeur et du cerveau, à côté de quelques choses intéressantes qui d’ailleurs ne sont pas de lui, et dont une bonne partie est tirée des travaux de L. Ch-L, il se trouve, comme toujours, beaucoup de fantaisie". La correspondance triangulaire Olivier de Frémond (1854-1940), Guénon, Charbonneau, commencée au temps de La France antimaçonnique pour le premier, vers 1920 pour le seconde illustre la circulation des informations et des idées dans ce milieu. C’est de Loudun que parvenaient à Frémond les textes de Guénon qui s’accompagnaient d’explications et même de justifications en écho aux craintes de celui-là: "Ce que dit notre ami de la croix faussement dénommé croix gammée est identique à ce que j’ai écrit dans l’ancienne revue Regnabit..." Il revenait par trois fois sur la figure du Christ et du Gammadion. Frémond était tout à fait représentatif de cette incompréhension catholique dénoncée par Guénon et qui ne permit pas à leur projet commun d’aboutir; il répondit: "Du moins j’aime à croire que cet encombrement extérieur (de la kabbale) ne modifie pas son sens intérieur qui, si je vous suis bien, correspond à celui de la Bible elle-même." (Nantes, oct. 1933). L’année suivante, Charbonneau après avoir entretenu son ami des difficultés du Rayonnement Intellectuel, signalait avoir soumis à Guénon un article sur le swastika. De fait, l’interprétation universelle des symboles reposait sur une vision globale que Frémond ne saisissait que dans la perspective traditionaliste catholique du milieu du siècle: celle d’une préfiguration. Les arguments opposés au Bestiaire... dans des ouvrages récents ne diffèrent guère de ceux que le Père Cahier ou Emile Mâle opposaient à Pitra comme au Guide de la peinture des moines du Mont Athos qu’avait publié Didron en 1845. Lucienne Portier, dans Le pélican, histoire d’un symbole, constatant que cet oiseau christique se blessait tantôt à droite, tantôt à gauche et ne jugeant pas convaincante l’interprétation de notre auteur concluait: "... je n’ai pas trouvé, malgré de notables répétitions, un sens symbolique constant... Même la blessure à droite qui, pour certains, correspondait réellement à la plaie du Christ et à la noblesse biblique de la droite sacrée (Ez 47, 1-2) a été souvent déplacée, à gauche et au centre; il est difficile d’affirmer, comme certains, que ce soit le fait de la franc-maçonnerie. C’est toujours la singularité de l’artiste qui a décidé." Conclusion rapide, sans poser la question d’un autre sens, on trouve une critique comparable dans Jacques Marx à propos du phénix (Franc-maçonnerie, symboles, figures, histoire, Bruxelles 1977). 3. La question d’une transmission cachée Le problème soulevé par Devoucoux du rôle des confréries de bâtisseurs, l’avait déjà opposé à Pitra; le Hiéron, ensuite, avait associé l’action des Ordres chevaleresques au mystère du Sacré-Coeur, au centre de l’entreprise de Paray-le-Monial. On retrouve l’association du Sacré-Coeur et des confréries dans un article de Regnabit réunis à ceux du Rayonnement intellectuel sous le titre d’Etudes de symbolique chrétienne , vont dans le sens indiqué ci-dessus. Il fit allusion (janvier-mars 1939) à une correspondance de Sarachaga évoquant, mais sans fournir malheureusement de preuves, les rapports particuliers entre le Sacré-Coeur et les Templiers. Un an auparavant il avait utilisé à propos du Saint-Graal, du coup de lance et de la symbolique des pierres précieuses, le mot de confrérie pour la société de l’Estoile Internelle . Ce n’est pas non plus un hasard si Charbonneau donna dans Atlantis, la revue de Paul Le Cour qui avait tenté d’entrer en relation avec l’organisation initiatique cachée selon lui derrière le Hiéron, confirmation des "singulières circonstances" qui lui avaient permis d’avoir des sources d’information non-bibliographiques, "et pour le moins, tout aussi sûres" sur plusieurs groupements hermético-mystiques du Moyen-Age. Le "Document confidentiel inédit" que Jean Reyor fit circuler en justification de son action à la tête des Etudes Traditionnelles confirme la nature "non documentaire" des séjours à Loudun en compagnie de Tamos (G. Thomas 1884-1966). Une liste des documents sur la chevalerie du Paraclet, des papiers concernant la Confrérie de l’Estoile Internelle et un ciboire qui aurait contenu "la pierre rouge" sont mentionnés sur un document de la main et à l’adresse de Tamos de décembre 1925, par dom Ménager O.S.B., qui signalait le lien entre l’apparition à Poitiers du culte du Sacré-Coeur amené de Bourges en 1633 par les Visitandines et la création d’une confrérie du Sacré-Coeur de Marie en 1693. Des fouilles entreprises avant la destruction de l’ancien couvent, en 1904, avaient mis à jour une chambre curieusement décorée de symboles du Sacré-Coeur. Les articles de Guénon, de son côté, écrivait à Fernando Galvâo, au Brésil, le 24 août 1950: "D’abord, en ce qui concerne la possibilité d’une initiation spécifiquement chrétienne, il n’y a toujours rien, pratiquement rien du moins, du côté catholique; l’organisation du Paraclet, sur laquelle nous avions fondé quelques espoirs à un certain moment, semble bien, depuis la mort de notre ami Charbonneau-Lassay, être retombée dans le sommeil où elle était restée pendant longtemps avant lui, et je ne vois actuellement personne qui puisse l’en tirer de nouveau...". Questionné à nouveau par Galvâo, il éluda dans son avant dernière lettre (12 novembre 1950): "Pour le Paraclet, je vous ai dit dans ma denière lettre ce qu’il en est, de sorte que je n’y reviendrai pas longuement; évidemment sa ‘fermeture’ presque complète est due à un ensemble de circonstances qui ne sont la faute de personne..." Jean Robin, René Guénon témoin de la Tradition , indique le chanoine Barbot (1841-1927) de Poitiers comme transmetteur; il est suivi par Marie-France James sur ce point mais la correspondance d’Olivier de Frémond ne recoupe pas, en ce qui concerne l’Agla tout au moins, cette affirmation. Un passage recopié par Frémond, non daté mais dans une liasse de papiers de 1932/1933, note: "Hier j’avais ici un collaborateur de Mr. Guénon qui s’occupe spécialment de la kabbale au Voile d’Isis. Il voulait des renseignements sur le groupement de l’Agla, que j’ai été, paraît-il, le premier à signaler... C’est par Pallud du Bellay que je l’ai trouvé." Plus récemment, c’est encore dans le sens d’une pratique de ociation des coeurs de Jésus et de Marie analysée sur des bijoux et marques de métier en Poitou et Vendée . Certaines tendances à assimiler la Vierge à l’Esprit Saint, comme datype ésotérique et initiatique que des "Frères en Saint Jean" ont utilisé Charbonneau-Lassay dans leurs "sept instructions". La polysémie symbolique du signe VAMP, salutation à la fois de l’ange et "axis mundi", entre l’alpha et l’oméga, est reprise de ses travaux, sauf pour le rapprochement du A et du M avec l’équerre et le compas des maçons qui inspire les Frères en Saint Jean, que Charbonneau récusait (1e instruction). La règle du coup porté à droite du flanc du pélican est reprise (2e instruction, P.C.), mais là aucune allusion n’est faite au pélican maçonnique se perçant à gauche selon Charbonneau. La 4e instruction revient sur la question du flanc droit d’où sont sorties la Sagesse, puis la chute d’Eve, la rédemption enfin; spéculation sur l’union du masculin et du féminin qui renvoie à l’assns l’Agla, est sensible dans cette "instruction". Ce groupe est cité dans l’instruction suivante comme initiales hébraïques désignant le "quatre de chiffre", signe distinctif de nombreuses confréries et marque de métier au Moyen-Age. Elle se termine par la remarque suivante: "Et ici comprenons que cette étoile intérieure et éternelle, marquée du sceau de l’Esprit, le vrai et unique Paraclet, est notre seule voie..." En conclusion de la 7e et dernière instruction, une prière à la Vierge en forme de litanies, use de formules inhabituelles: "Inspiratrice du Prophète, Etoile Intérieure et Eternelle, Fille de ton Fils..." Conclusion La pensée symbolique du solitaire de Loudun fut et reste liée au refus des objectifs de la critique moderne tout en acceptant ses critères; elle poussait ses racines dans des lieux où l’on rencontre la pensée ésotérique, la maçonnerie chrétienne du XVIIIe siècle en particulier, ce qui la plaça au centre d’enjeux et de stratégies où elle ne se sentait pas à l’aise. La correspondance échangée avec Frémond en témoigne; mais il n’est donc pas surprenant que ce soit dans la revue maçonnique Le Symbolisme que le guénonien Jean Reyor ait développé le plus systématiquement les thèses de loudunois après son éviction de la direction des Etudes Traditionelles en 1960. L’hommage que Tamos lui consacra dans les Etudes Traditinelles insistait dans le même sens sur l’absence de rupture dans les organisations qu’il avait découvertes et sur sa conformité avec l’orient traditionnel: il avait reçu la visite du prince mongol Saï Taki Movi, "un représentant à la fois prêtre et roi de l’antique mazdéisme...".


Jean-Pierre Laurant

Pour plus Infos : http://www.cesnur.org/paraclet/archive_6.htm